19 avril 2009
Changement de plans !
(Quarante quatrième article)
Mon oncle le Père Jean Michal, Oblat de Marie Immaculée (O.M.I) continue la relecture de son sacerdoce et de ses missions. Il m'a semblé intéressant de vous faire partager ce témoignage sous forme d'une retraite suivie
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A la veille de mon départ d’Haïti, le 26 mai prochain, je commence le récit de la plus longue partie de ma vie, dans ce pays – 18 ans -, d’avril 1991 à mai 2009.
Oui, je suis resté, ces dix-huit dernières années en Haïti – et je ne le regrette pas – pour répondre à la demande que m’avait exprimée un confrère oblat, à la veille de son ordination épiscopale. Le récit en vaut la peine : Oyez plutôt, bonnes gens !
Les faits sont encore présents à ma mémoire, comme s’ils s’étaient passés hier. En cette matinée du 31 janvier de l’année 1991, j’étais à Carice, chez le Père Charpentier, Curé de la paroisse. Je m’apprêtais à entrer en classe pour donner un cours de français aux élèves de troisième du collège saint Paul quand une nouvelle inattendue vint nous réjouir : la radio catholique : annonçait que le Père Hubert Constant, Oblat de Marie Immaculée, comme nous, venait d’être choisi par le saint Père comme premier évêque du nouveau diocèse de Fort-Liberté, dont la paroisse de Carice ferait partie…. Inutile de dire que la classe de français, ce matin là, s’est transformée en de joyeux commentaires de cette bonne nouvelle. Bien vite aussi, je faisais parvenir une lettre de félicitations au nouvel évêque… Puis, je me remis au travail, sachant qu’à la fin de l’année scolaire, je rentrerai en France puisque ma demande de quitter Haïti avait été acceptée et qu’un ministère pastoral m’était propose.
Je connaissais assez bien le Père Hubert Constant qui avait été le Supérieur des Oblats d’Haïti et qui était venu m’encourager à Saint Michel de l’Attalaye, à un moment où, à la suite de circonstances imprévues, je me trouvais seul prêtre dans cette immense paroisse de montagne, comprenant plus de 100.000 habitants, répartis en 24 dessertes. Nos rapports avaient toujours été cordiaux et, au bout de quelque temps, je m’étonnais de n’avoir reçu aucune réponse à ma lettre de félicitations.
Au début Mars, nous apprenions que le Père Hubert, évêque nommé mais non encore consacré, se proposait de prendre un premier contact avec les prêtres de ce nouveau diocèse, le 19 Mars, jour de la fête de saint Joseph, patron de l’église paroissiale de Fort-Liberté qui allait devenir sa cathédrale. Je me rappelle avoir répondu au Père Charpentier qui me demandait si j’irais à cette rencontre : « A quoi bon ? » puisque je vais partir en juillet. Je vais plutôt profiter de ces quelques jours de congé pour aller à Port-au-Prince.
« Si tôt dit, si tôt fait! » Me voici donc à Port-au-Prince, vers le 15 Mars et, selon mon habitude, je rends visite à un Prêtre de la Congrégation de saint Viateur, le Père Venne qui dirigeait « Manrèse » une maison d’accueil pour les prêtres, religieux et religieuses, de passage à la capitale. Cette maison de Manrèse est située tout près du grand Séminaire des Oblats dont le Directeur n’était autre que le Père Hubert. Au cours de la conversation, le Père me fait la réflexion : « Je pense que tu as rendu visite au Père Hubert, votre nouvel évêque. Je lui réponds ‘non, je ne veux pas le déranger dans ses préparatifs; je le verrai le jour de son ordination. Le Père me dit : ‘ passe quand même le saluer; cela lui fera plaisir »…. « Pourquoi pas, en effet? » Je vais donc au Séminaire et monte directement à l’étage ou se trouvait le bureau du Père. Je frappe à la porte, j’ouvre et, à ma grande surprise, avant même d’avoir eu le temps de le saluer, je l’entends me dire : « Jean, tu me joues un tour. » Bien sûr, je demande : « mais qu’est-ce que j’ai fait pour te jouer un tour ? ».
Alors, Père Hubert m’explique que, n’étant pas au courant de mon projet de retour en France, il avait pensé me demander de l’accompagner, en tant que secrétaire, dans son nouveau ministère. Je tombais vraiment des nues car je savais que Père Hubert avait tellement d’amis auxquels il pouvait demander ce service…. Que pouvais-je faire ? Rien d’autre que lui dire : puisque ma demande de retour en France est entre les mains du Supérieur Général, je vais lui demander de l’annuler en lui en donnant les motifs… C’est ce qui fut fait sur l’heure par Fax… et c’est ainsi que, le 7 avril 1991, deuxième dimanche de Pâques, cette année-là, j’assistais, dans l’église paroissiale de Fort-Liberté, à la consécration du Père Hubert comme premier évêque de ce nouveau diocèse.
Et le soir, de ce même jour, après les cérémonies grandioses de l’ordination épiscopale, nous nous retrouvions seuls tous les trois : le nouvel évêque, sa cousine Marie-Anne et moi, dans une maison au bord de mer, qui allait nous servir de résidence, en attendant la construction de l’évêché. C’est ainsi qu’a commencé pour moi une nouvelle et riche aventure au service de l’Église qui est en Haïti et dont je vous raconterai quelques épisodes dans les prochains entretiens.